Partir à l’étranger avec des ados

Interview de Corine A-H., trois enfants, 15 ans, 14 ans et 3 ans, qui nous raconte comment ça se passe avec ses deux ados.

Comment l’idée de partir en expatriation a t-elle fait son chemin au sein de votre famille ?

Depuis pas mal de temps, mon mari avait envie de s’expatrier en famille, mais notre cas est un peu compliqué car nous sommes une famille recomposée [Corine a deux enfants d'un premier mariage]. Mais comme cela avait toujours été l’un des projets de mon mari, on en parlait souvent à la maison. Je dois dire que ce n’était pas forcément l’enthousiasme débordant de la part des deux grands. Puis, mon mari a changé de travail et il a eu pas mal de propositions à l’étranger. On a commencé à en parler directement aux enfants. Tout s’est enchaîné très vite, car en trois semaines, c’était confirmé : il était embauché aux USA. On en parlait de plus en plus à la maison ; c’était un sujet quotidien. Nous avons pris un week-end à deux avec mon mari pour parler des détails et nous avons informé les enfants de notre décision à notre retour.

Comment les enfants ont-il accueilli cette nouvelle ?

La première réaction de mon fils, qui avait 13 ans et demi à l’époque, a été : “Je ne pars pas”. Il faut dire qu’il n’aime pas les changements. Sa soeur, plus jeune d’un an, au contraire, a tout de suite été enthousiaste et positive. Elle avait d’ailleurs déjà commencé à en parler à ses copines avant même que ce soit concrétisé. Contrairement à son frère, du moment qu’elle a son petit univers, elle est contente. Devant la réaction de mon fils, j’ai dû rester ferme. Je lui ai dit : “Tu es sous ma garde et moi, je pars, alors tu pars avec moi. On ne vous demande pas de choisir, c’est nous, les parents qui choisissons.” En revanche, nous sommes toujours restés ouverts à la discussion avec les enfants afin d’adapter en fonction des besoins de chacun. Quant à mon ex-mari, il a étonnamment bien pris la chose. Sur le plan pratique, nous avons dû convoquer un entretien officiel avec lui afin de mettre en place les détails : respecter ses souhaits pour l’organisation. Ce fut un peu compliqué car on a dû prendre en considération les affectifs et les emplois du temps de chacun. Du coup, on n’a pas vraiment d’organisation pour les vacances, ça se fait plutot au coup par coup, ce qui est parfois déstabilisant pour les enfants, car ils ont besoin d’être structurés. J’essaie de poser cette structure et d’organiser les vacances et les retours en France le plus à l’avance possible.

Une fois sur place, comment les enfants se sont-ils adaptés à la vie américaine ?

Franchement, l’adaptation s’est effectuée en douceur, sans heurt. Ma fille est celle qui avait le plus d’appréhension en partant, car elle a réalisé à la dernière minute ce qu’elle quittait. On a dû calmer pas mal de gros chagrins. Par contre, mon fils a tout de suite plongé dans la vie américaine. On a pas mal appuyé le départ avec la présence du sport à l’école et ça a très bien marché. Ils n’ont pas de difficultés à suivre. Tous deux suivent l’ESL, English as Second Language, qui leur permet de rattraper le niveau de leurs camarades. On ne m’a pas demandé de dossier scolaire, ils sont tous deux rentrés dans le niveau correspondant à leur âge.

Quels centres d’intérêt ont-ils trouvé sur place ?

Mon fils n’était pas forcément dans son élément à l’école en France. Mais quand il est arrivé aux USA, il a intégré l’équipe de soccer. Tous les matins, il allait à l’entraînement, donc il partait à l’école avec plaisir. Les profs sont vraiment sympas et ouverts. Pour mon fils, c’est le jour et la nuit avec la France. Quant à ma fille, elle est d’ordinaire super positive, mais c’est elle qui a eu le plus de sautes d’humeur. Elle a eu plus de petits coups de blues pendant la première année. Par exemple, elle n’a pas voulu faire d’activités tout de suite. Elle s’est plus recentrée sur la famille : aller à New York avec nous, m’aider avec son petit frère, etc. Elle a eu besoin de prendre ses marques tranquillement. Coup de chance, elle s’est retrouvée avec une autre petite française dans son école et sa prof principale était prof de français. Cela a beaucoup aidé. Elle a demandé de l’aide le premier jour, et c’est tout ! Après, ça roulait. Par contre, il faut le savoir, le niveau d’anglais d’un collégien français est vraiment limité : ça ne suffit pas pour suivre à l’école en arrivant. Mais bon, en prenant des cours ou en étant aidé à l’école, cet écart se réduit très rapidement. A ce jour, je peux dire que je n’ai aucun regret pour mes enfants. Pour mon fils, c’est une transformation spectaculaire. Et puis, je trouve que c’est aussi un bon “exercice” : ça les a sorti de leur petite routine, de leur petit confort. Récemment, une petite nouvelle est arrivée à l’école de ma fille et elle était toute contente de pouvoir aider, à son tour. Je trouve ça très positif comme expérience.

Est-ce que les enfants suivent des cours de français en complément ?

Oui, ils suivent le CNED. Je trouve qu’ici, globalement, les enfants ont moins de travail qu’en France. La seule différence, c’est le sport. Lorsqu’un enfant fait du sport, les entraînements vont prendre beaucoup de temps sur le travail académique.
Je trouve que c’est important qu’ils conservent un enseignement en français, car pour moi, ils sont loin d’avoir terminé l’apprentissage de leur langue maternelle. Le but est de maîtriser les deux langues, l’anglais et le français. Mon fils travaille trois matières : français, maths et histoire-géo. Ma fille en suit deux : français et maths. Je suis contente de ces cours. Le support est bien fait, c’est sérieux et assez académique. Les corrections sont super bien faites : très détaillées, approfondies et faisant référence au cours. L’élève peut facilement se reporter à la leçon qu’il n’a pas acquise. Nous faisons appel à un tuteur conjointement avec une autre famille pour le français. Pour les maths, ils le font en autonomie sous ma surveillance. Bien sûr, il faut bien vérifier car si l’enfant est autonome, ça ne pose pas de problème. Dans le cas contraire, les notes s’en ressentent. Donc il faut bien rester vigilant sur le rendu des devoirs. Je trouve qu’il est important de prendre les maths car cette matière n’est pas traitée de la même manière en France et aux USA et j’ai la conviction que ce sera, à long terme, un avantage pour eux d’avoir pu s’intéresser aux deux raisonnements. Pour mon fils, il y a aussi l’histoire-géo avec un tuteur particulier, car il a le brevet des collèges à passer. Il aime la matière, donc ça se passe plutôt bien.

Mille mercis à Corine pour cette interview !

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One Response to Partir à l’étranger avec des ados

  1. Mr WordPress says:

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